Une dictature peut en cacher une autre !

Publié le par FATHI CHAMKHI

Tunis, 23 septembre 2011                                                                                                                      FATHI CHAMKHI

 

Le 17 décembre 2010, la Tunisie, le pays  « le plus stable et le plus performant sur le plan économique de la région d’Afrique du Nord », entre en révolution. Ensuite, 29 jours sont suffisants pour que les masses populaires se débarrassent du dictateur. Personne ne se doute alors qu’une telle révolution est possible, même si certains l’appellent de leurs vœux. Le système politique et social parait verrouillé, l’éventualité d’une rupture radicale quasi nulle.  Mais, à l’annonce de la chute de Ben Ali, pratiquement tout le monde exulte aussi bien en Tunisie que dans les autres pays.

La soudaineté de la révolution tunisienne et sa victoire rapide  n’empêchent pas que s’embrase une région arabe, pourtant parfaitement figée, et donc réputée, elle aussi, assez stable. L’ordre arabe qui règne depuis environ 40 ans, devenu l’un des piliers de l’ordre mondial, est alors violemment remis en cause par les mouvements des masses.

Pourquoi la société tunisienne, habituellement portée au compromis, explose–t-elle comme un baril de poudre ? Quelles perspectives politiques et sociales cette crise révolutionnaire ouvre-t-elle? Une rupture est-elle possible avec l’ordre ancien et comment la réaliser? La révolution tunisienne tiendra-t-elle ses promesses et continuera-t-elle à servir d’exemple aux autres peuples arabes ?

Pourquoi la société tunisienne, habituellement portée au compromis, explose-t-elle comme un baril de poudre ? Si l’on en croit une certaine propagande officielle, largement relayée à l’extérieur, le modèle de développement tunisien est une réussite. La Tunisie se voit même attribuer le statut de « pays émergeant », assez souvent agrémenté des compliments des IFI.

Une croissance économique soutenue, des statistiques sociales falsifiées et une neutralité, voire une soumission populaire imposée par la dictature,  nourrissent alors la propagande officielle. Celle-ci permet d’occulter la grave crise sociale qui couve dans le pays depuis de longues années.

L’aspect le plus manifeste de cette crise est sans conteste l’extension de la pauvreté, du fait notamment, de l’aggravation de la crise de l’emploi et de l’érosion du pouvoir d’achat des masses populaires. Pour la quasi-totalité des actifs tunisiens, s’assurer un revenu est souvent assez hypothétique, le travail étant l’unique source de revenu. Le «statut» de chômeur  n’étant pas reconnu, le nombre d’actifs privés de travail qui ne touchent aucune indemnisation chômage de la part de l’Etat est important. Les travailleurs à « temps partiel non désiré », nombreux dans les activités en rapport avec le tourisme ou l’agriculture où le travail saisonnier est la règle, ne perçoivent pas non plus d’indemnités,  bien qu’ils soient condamnés au chômage une bonne partie de l’année. D’autres catégories d’actifs occupés sont dans le même cas, notamment dans le secteur informel où il n’existe pas de système de congés payés, de congés maladie et encore moins d’indemnités de chômage.

Cette tendance à la précarisation contraste avec l’accroissement substantiel des revenus du capital, dopés par un système combinant libéralisme économique , dictature politique, et enrichissement rapide et illicite d’un certain nombre de familles liées au couple présidentiel.

Cette crise sociale s’aggrave à partir de 2008, du fait des retombées de la crise financière internationale. Les prix des produits de consommation courante connaissent alors une hausse significative, accentuant par la même les effets désastreux de la politique d’austérité et la soumission des services publics à la logique marchande.

Cette situation déclenche plusieurs mouvements sociaux, un peu partout dans le pays, notamment dans le bassin minier de Gafsa, où toutes les villes, plus particulièrement celle de Redeyef, s’insurgent durant plusieurs mois. Malgré une violente répression, tous ces mouvements contribuent à alimenter la grogne générale.

La révolution se nourrit aussi d’une crise politique,  résultat de 23 ans de dictature. A la fin de son long règne, Ben Ali avait réussi à confisquer toutes les libertés et à corrompre la quasi-totalité de ses adversaires politiques. Les perspectives d’un assouplissement politique paraissent tout aussi improbables.

A cela s’ajoute une dérive mafieuse du pouvoir sous l’impulsion des clans constitués autour des deux familles Ben Ali et Trabelsi (famille de l’épouse du dictateur). Mettant à profit la dictature, ces deux clans réussissent à s’accaparer un pan entier de l’appareil productif et à soumettre la quasi-totalité de l’activité économique à leurs lois et pratiques mafieuses.

Dans toutes les classes sociales, notamment les plus déshéritées, l’arrogance et les exactions des clans Ben Ali/Trabelsi sont perçues comme des actes humiliants et blessants. La dégénérescence mafieuse du pouvoir de Ben Ali exaspère également la bourgeoisie des affaires qui finit par se détourner de Ben Ali, sans pour autant oser remettre son pouvoir en question.  Pour la révolution, l’heure de la délivrance sonne enfin.

          Ce tableau serait incomplet si l’on exceptait le rôle des forces  capitalistes néo-libérales qui, vers le milieu des années 80’, profitent de la faillite du modèle de développement initié par Bourguiba après 1956 sous le contrôle bureaucratique de l’Etat, pour renforcer leur domination sur la Tunisie.

          La restructuration économique et sociale du système qui en résulte alors, aggrave considérablement la crise sociale héritée de l’ancien régime.  Cette restructuration, si elle réactive les mécanismes de la croissance économique, se réalise au prix d’une destruction systématique : du système de régulation sociale, déréglementation du marché du travail, dévaluation de la monnaie locale, suppression des protections douanières du marché local, privatisation des entreprises du secteur public, augmentation des transferts nets négatifs de capitaux vers l’étranger, au titre de la dette extérieure et de l’investissement direct étranger, etc.

En fait, le dictateur n’était que le chien de garde d’une domination étrangère qui exploite la Tunisie sur un mode capitaliste, antinational/néocolonial et antisocial.

Face à ce système et face à la dictature qui le protège, les masses populaires et surtout la jeunesse, sont alors désarmées et forcément soumises. La révolution change soudainement la donne.

Quelles perspectives politiques et sociales cette crise révolutionnaire ouvre-t-elle? Le 17 décembre, à la suite de l’immolation d’un jeune chômeur/vendeur ambulant de légumes, à Sidi Bouzid (Centre Ouest de la Tunisie), un groupe de manifestants indignés et en colère se rassemble devant le siège du Gouvernorat. Les jours suivants, la contestation gagne les villes voisines. Elle se heurte très violemment aux brigades anti-émeutes. La première victime, tuée par balle, tombe le 24 décembre. Les vidéos des manifestations, filmées avec les téléphones portables, sont diffusées largement et presque en temps réel, sur le réseau social Facebook et à la télévision satellitaire Al Jazira. Internet sert alors de relais pour propager des mots d’ordres de grève et pour assurer la coordination des mobilisations. Les plus jeunes en tirent le meilleur parti.

En quelques jours tout le pays se dresse contre la dictature. Le mouvement révolutionnaire reste alors, dans une large mesure, spontané, soit sans aucune direction politique. Les partis politiques d’opposition sont, du reste, assez faibles et très peu implantés parmi les classes populaires. Quand à l’organisation syndicale ouvrière, qui dispose d’un réseau de structures couvrant l’ensemble du pays et des centaines de milliers d’adhérents, elle est, au cours des trois premières semaines, largement tenue à l’écart de la révolution par les consignes de sa direction centrale,  inféodée à Ben Ali. Cette posture, dans un pays où les masses se dressent face à la dictature, est difficilement tenable. La pression de la base et, surtout, l’engagement effectif de certaines sections régionales et locales de l’UGTT dans le mouvement révolutionnaire finissent par faire basculer la centrale ouvrière dans le camp de la révolution. Ce ralliement précipite alors la chute de la dictature.

La révolution a eu l’effet d’une thérapie collective. Se débarrassant de leur dictateur, les masses populaires se sont libérées également de la peur. Elles ont pris confiance en leur capacité d’agir là où se décide leur propre avenir. En l’espace de quelques semaines, la révolution a opéré des bouleversements considérables, non seulement au niveau des structures politiques et des rapports de force dans la société, mais elle a - par-dessus tout - permis aux Tunisiens de se réconcilier avec eux-mêmes et avec leur pays. Ils sont aujourd’hui debout face à leurs oppresseurs, bien déterminés à conquérir leur liberté.

Quelles perspectives politiques et sociales cette crise révolutionnaire ouvre-t-elle? Le pouvoir de Ben Ali était un pouvoir dictatorial au service d’un régime antinational/néo-colonial et antisocial, c’est ce qui explique la révolution. Cependant huit mois après, la chute du dictateur n’a pas conduit à la chute du régime qu’il protégeait.

Le gouvernement actuel n’est pas le gouvernement de la révolution. Certes, il est le produit du nouveau rapport de force dans la société, créé par la révolution, mais, de par sa nature et ses objectifs, il demeure le gouvernement du régime de Ben Ali ! C’est à dire un gouvernement contre révolutionnaire dont la mission est d’étouffer le processus révolutionnaire et de reprendre le contrôle de la situation. Sa mission est de sauvegarder ce même régime, fortement déstabilisé par la chute du dictateur. En effet, seule la dictature peut garantir le maintien du système que protégeait l’ex-dictateur.

Dans la situation actuelle, ce gouvernement est obligé de faire des concessions au mouvement révolutionnaire.  Nous savons  que - quand la tempête souffle, le roseau se courbe dans la direction du vent, sinon il casse. C’est exactement l’attitude actuelle du gouvernement de Béji Caid Essebsi, surnommé BCE : faire des concessions d’une main, tout en tentant, sans hésiter, de reprendre le contrôle de la situation de l’autre; C’est ainsi qu’il faut interpréter la volonté affichée récemment par BCE de « rétablir l’autorité de l’Etat ».

Ceci étant dit, le mouvement révolutionnaire reste à ce jour sans direction politique autonome, c’est-à-dire sans leaders issus de ses propres rangs et sans programme conforme à ses revendications et aspirations. C’est une faiblesse politique lourde de conséquences pour la révolution. En effet, depuis le 17 décembre, les classes populaires, qui ont pourtant réussi à chasser le dictateur et à démanteler une bonne partie de son pouvoir, n’arrivent pas encore à se doter d’une organisation politique propre, et encore plus difficilement à faire accéder au pouvoir un gouvernement qui puisse engager une politique de rupture avec l’ordre en place.

Les partis politiques de gauche se détournent de la révolution ou restent incapables de trouver les points d’ancrage au mouvement révolutionnaire,  celui-ci se méfiant fortement des partis et des hommes politiques. Ces partis de gauche sont beaucoup plus préoccupés par leur propre avenir et, plus particulièrement, par la part de pouvoir qu’ils pourront récolter dans le système politique en recomposition, que par la mise en œuvre d’une ligne révolutionnaire. Actuellement, ils mettent toutes leurs énergies dans la course à l’Assemblée constituante, tout en acceptant - de facto - les limites politiques que tracent le gouvernement provisoire et ses nouveaux alliés.

En effet, BCE sait, de fait, qu’il peut compter sur la coopération des partis de gauche pour maintenir le statu quo social; en d’autres termes: l’étouffement du mouvement révolutionnaire. Il faut reconnaître que, jusqu’à présent, BCE accomplit cette tâche plutôt bien.

Dans le même temps, le syndicat ouvrier UGTT continue de faire profil bas. Depuis quelques mois, la centrale syndicale UGTT est aux abonnés absents :

d’une part, la direction bureaucratique maintient sa ligne de collaboration avec le pouvoir en place,

d’autre part, les leaders syndicalistes issus de la gauche, voire de l’extrême gauche, préfèrent l’engagement politique dans leurs structures respectives, désormais légalisées grâce à la révolution, à la lutte syndicale . Ainsi, contrairement à la situation antérieure au  14 janvier, le terrain syndical n’est plus le seul terrain de la lutte des classes. Ce choix conduit au fait que revendications et luttes syndicales passent à la trappe.

En dépit de toutes ces faiblesses, le mouvement révolutionnaire a su remporter plusieurs batailles politiques importantes: les classes populaires ont réussi à expulser le dictateur,  à prendre possession de tous les locaux de son parti, le RCD,  à obtenir la dissolution définitive de celui-ci par décision du tribunal, à dissoudre la constitution qui consacrait le pouvoir dictatorial de Ben Ali, à faire chuter son gouvernement et à éloigner un bon nombre de ses collaborateurs directs du sommet du pouvoir, à affaiblir l’appareil répressif centralisé autour de la Dékhilia, et à faire reconnaitre les libertés fondamentales, tels que les droits d’association, de réunion, de manifestation, d’expression, etc. Ce n’est pas mal du tout ! Jamais, auparavant, les tunisiens n’ont joui de tels droits.

Cependant, sur le plan social rien ! Tout ce qui a été fait jusqu’à présent se limite à des mesures de replâtrage déjà en cours sous Ben Ali, aussi bien en matière d’emploi, de lutte contre la pauvreté extrême que d’un soutien ponctuel aux régions périphériques déshéritées et marginalisées.

De plus, aucun progrès non plus en ce qui concerne la prédation de la mondialisation capitaliste sur la Tunisie. En d’autres termes, huit mois après avoir chassé le dictateur, la Tunisie reste un pays dominé par l’impérialisme et soumis à l’emprise directe du capital mondial. En somme, les classes populaires sont debout, mais n’ont pas encore acquis pour autant une liberté que la classe capitaliste mondiale leur confisque encore.

Une rupture est-elle possible avec l’ordre ancien et comment la réaliser? La question centrale qui reste posée à la révolution tunisienne concerne, en effet, les rapports de la Tunisie avec les puissances impérialistes, notamment européennes, au premier rang desquelles se trouve l’Etat français.

La société tunisienne est une société doublement dominée. Elle l’est, d’une part, par un pouvoir dictatorial local qui se maintient en place, malgré la chute du dictateur et, d’autre part, par les intérêts économiques étrangers. Bien entendu, ce sont les puissances capitalistes étrangères qui sont les véritables maîtres en Tunisie. Ce sont elles qui structurent l’économie locale, imposent les traités et mettent en place les mécanismes de subordination, tel celui de la dette, de sorte à «tuer dans l’œuf » toute tentative de rupture avec l’ordre capitaliste dominant.

C’est une domination qui active de nombreux leviers de commande afin d’ orienter une grande partie de l’activité économique du pays. De ce fait, elle tient en laisse le pouvoir politique, par le biais duquel, elle contrôle la Tunisie.

Encore plus grave, cette domination est perçue comme une fatalité par la majorité des partis politiques, voire même les partis radicaux. Beaucoup aussi, notamment parmi les intellectuels, pensent que c’est un mal nécessaire. Par contre, dans les masses populaires, le sentiment anticolonial est très fort. Le passé colonial, la crise sociale et, surtout, la question palestinienne nourrissent ce sentiment anti-impérialiste au sein du peuple et, plus particulièrement, chez les jeunes.

Cette divergence fondamentale entre, d’une part, la classe politique et les élites, et d’autre part, les classes populaires et la jeunesse, explique le nationalisme fréquent du discours des politiques, qui exhaltent le sentiment national du peuple, alors que leurs choix politiques et économiques sont à l’opposé de ces aspirations, bien alignés sur les politiques et les exigences de la mondialisation capitaliste et en contradiction absolue avec les intérêts vitaux de leur peuple.

En faisant de la chute du régime l’objectif pricipal de leur révolution, les masses populaires ne se trompaient pas d’ennemi. Le slogan scandé par des dizaines de milliers de manifestants appellait clairement à la chute du régime : ‘le peuple veut la chute du régime’. Ce slogan est ensuite repris par tous les peuples arabes de Casablance à Sana, en passant par Benghazi, Le Caire et Bahreïn.

Bien évidemment, Ben Ali, son épouse et leur clans catalysaient sur eux toute la colère populaire. Mais, à travers eux, c’est tout le système que les masses rejetaient ; non seulement la dictature, la corruption et le népotisme, mais aussi la pauvreté, le chômage, les inégalités régionales, la chèreté de la vie, etc.

La révolution signifie le rejet absolu d’un système politique, économique et social qui s’est maintenu 23 ans de trop, et qui a coûté terriblement cher à la société tunisienne.

Nageant à contre sens de l’Histoire, l’écrasante majorité des partis politiques, la centrale syndicale Ugtt et la plupart des associations ciblent le seul régime politique. Cette attitude n’est pas le résultat d’une incapacité à comprendre les enjeux, bien au contraire: elle se fonde sur une  adhésion au modèle économique et social capitaliste et libéral, et à ses performances en terme de croissance économique. Tandis que les nombreuses lacunes de ce sytème, que ce soit au niveau social ou démocratique, sont à mettre, selon eux, sur le compte d’une absence manifeste de ‘bonne gouvernance’.

De cette appréciation découle donc leur objectif politique, à court et à moyen terme, celui de réussir ‘la transition démocratique’. Celle-ci, selon la conception des IFI,  signifie : réussir à mettre en place les mécanisme de la ‘bonne gouvernance’. Au final, l’objectif recherché serait de réformer le système de Ben Ali, plutôt que de le changer conformément aux aspirations de la révolution.

Les préoccupations des chantres de la bonne gouvernance, au premier rang desquels se trouve les experts des IFI, sont d’ordre économiques. Il s’agit de rendre l’activité économique plus performante, donc de dégager plus de profit. Le degré de satisfaction des besoins humains fondamentaux est ici déterminé par le libre fonctionnement du marché.

L’idéologie de la bonne gouvernance sert avant tout à brouiller les pistes ; à masquer le vrai responsable, aussi bien de la dictature que des dégats sociaux : le système capitaliste libéral. En d’autre termes, elle sert à éviter que les masses populaires puissent faire le lien entre les ravages du système et le système lui-même.

« Le modèle est bon » ne cesse de marteler l’idéologie dominante, « il n’est pas responsable des fléaux sociaux qui accablent la société tunisienne ; c’est la dictature qui a perverti le système ». Nabli, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, affirme même que la dictature a entravé la pleine application des mesures libérales. C’est la « théorie du ruissellement » qui nous est resservie ici , de la propagande libérale: « si il y a des riches, cela crée de la croissance, donc du travail et donc du développement, et tout le monde en profite »

La théorie qui impute les échecs du système en terme de justice sociale à la seule dictature sert également à occulter les rapports de domination/soumission qui lient la Tunisie au capitalisme mondial. En poursuivant cette ligne politique, le gouvernement de BCE ainsi que les partis politiques qui ont actuellement le vent en poupe, veulent se servir de l’Assemblée constituante comme d’une étape supplémentaire pour stabiliser le régime actuel et étouffer la révolution.

Cependant, ils auront du fil à retordre pour atteindre cet objectif contre révolutionnaire, notamment à cause de l’aggravation de la crise sociale ces derniers huits mois  : augmentation de 50% du nombre de chômeurs, hausse sensible des prix de plusieurs produits de première nécessité,  et donc baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres.

Faisant fi de la grave crise sociale et de la révolution qu’elle a provoquée, les puissances dominantes étrangères, par IFI interposées,  continuent de proposer des remèdes qui sont à l’origine même de cette crise. La bonne gouvernance n’est qu’un leurre. Avec ou sans celle-ci, la « thérapie de choc » capitaliste libérale, vieille de 23 ans, ne peut que produire plus de chômage et de misère. Elle consiste à dire : ‘il faut injecter encore plus de poison, dans un corps qui agonise déjà des effets secondaires!’ Voilà à quoi se résume les mesures que préconisent les défenseurs de l’ordre établi.

Par ailleurs, asservi depuis la fin du 19ème siècle par les intérêts économiques occidentaux, le peuple tunisien sait, par expérience, qu’il n’y a rien à attendre  des forces étrangères qui le dominent.  Il ne peut espérer que celles-ci se préoccupent de son sort, et encore moins qu’ elles cherchent à l’aider. L’expérience des deux dernières décennies l’a conforté dans ses convictions : ce sont les intérêts des capitalistes étrangers qui sont à l’origine de ses privations et de ses souffrances. C’est contre eux qu’il a fait la révolution.

L’aggressivité du capitalisme mondial s’est encore révélée au lendemain de la révolution, lorsque le gouvernement provisoire a été sommé de rembourser, illico presto,  la dette contractée par l’ex-dictateur, alors qu’il était indispensable de mobiliser de l’argent pour faire face à l’urgence sociale. Car, maintenir la Tunisie dans l’ordre capitaliste mondial est la condition nécessaire de son asservissement économique, quel que  soit le prix à payer pour les classes populaires.

Enfin, les forces contre révolutionnaires auront du fil à retordre pour atteindre leurs objectifs, confrontées à un peuple libéré de la peur,  qui a fait l’expérience de la lutte collective, brisé ses chaînes, et qui revendique lddddlles droits conditionnant une vie digne. Ce qui impressionne par dessus tout, c’est cette conviction profonde partagée par les tunisiennes et les tunisiens, que la révolution est LEUR révolution. Fini les ‘combattants suprêmes’, ‘artisans du changement’ et tous les « sauveurs suprêmes » de la Tunisie qui se sont imposés en tant que maîtres absolus de la destinée du peuple tunisien durant plus d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, seules les masses populaires détiennent la légitimité ; une légitimité qui découle de la révolution. C’est une nouvelle donnée politique fondamentale, qui tranche avec les arguments de légitimation qui ont prévalu durant la période précédente ; à savoir, la lutte contre le colonialisme, l’indépendance nationale, le développement et le progrès pour tous, etc.

Plus encore, le vrai rempart contre les manœuvres impérialistes en Tunisie, c’est la jeunesse. C’est elle qui massivement a pris l’assaut de la dictature.  Elle est encore très largement mobilisée à l’heure actuelle. Parce que l’ordre établi l’a marginalisé au sein de la société et, de ce fait, exclu de la vie, sa révolte est légitime et puissante. C’est cette formidable jeunesse qui tient dans sa main le flambeau de la lutte pour la souveraineté politique, économique, culturelle et écologique. Elle n’est pas prête de le laisser tomber..

La révolution tunisienne tiendra-t-elle ses promesses et continuera-t-elle à servir d’exemple aux autres peuples arabes ? La révolution arabe en cours a pris naissance en Tunisie. Huit mois après, ce mouvement a déjà éliminé trois dictateurs dont la durée moyenne au pouvoir était de 32 ans. Deux autres, Salah au Yémen et El Assad en Syrie, sont sur la liste et leurs chutes n’est qu’une question de semaines. 

Ces bouleversements politiques sont, sans aucun doute, les plus importants que connaisse la région depuis l’accès des partis nationalistes au pouvoir et la vague des indépendances, il y a environ un demi siècle. Une chose est sûre, jamais une révolution populaire n’avait vu le jour dans un pays arabe et aucune n’avait encore réussi à chasser un dictateur. La Tunisie et toute la région arabe vivent à l’évidence un tournant dans leur histoire.

C’est , au sens même du mot, un moment  «historique». En effet, pour la première fois de leur histoire, les peuples, tunisien, égyptien et libyen se dressent contre leurs oppresseurs directs en faisant irruption sur la scène politique pour reprendre leur destin en mains.

Dans l’autre camp, les forces impérialistes ne restent pas les bras croisés, loin s’en faut. Il sont déjà à pied d’œuvre aussi bien en Tunisie, en Libye, en Egypte, au Yémen, au Bahrein, etc., pour tenter de stopper net le processus de la révolution arabe et reprendre le contrôle total de la situation. C’est une guerre ouverte entre, d’une part, des peuples avides de dignité et liberté et, d’autre part, des forces étrangères de domination et leur auxiliaires locaux,  gardiens d’un ordre établi anti-démocratique et anti-social.

La révolution arabe est en marche. L’ordre capitaliste arabe est assailli de toute part. L’effet libérateur du « dégel » révolutionnaire arabe déborde au délà des limites de la région, et embrase le monde. C’est une situation historique inédite pour la région arabe, c’est aussi, sans conteste, un tournant historique pour l’Humanité entière. L’histoire nous dira si les peuples sauront se libérer de l’oppression de la loi du profit, pour bâtir un monde libre, pacifique, socialement juste et écologiquement durable. Nous gardons confiance.

BAD,: ‘Révolution tunisienne : enjeux et perspectives économiques’, Note économique,  Tunis, 11 mars 2011, 12p, p7, www.afdb.org

Institutions financières internationales

En moyenne 5% de croissance économique annuelle au cours du règne de Ben Ali.

L’actuel gouvernement provisoire reconnaît un taux de 25% de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté, alors que la dictature prétendait que la pauvreté ne touchait que 3,8% de tunisiens.

Un taux de chômage persistant élevé à environ 15% couplé à une extension phénoménale du sous-emploi qui concerne environ 60% des actifs occupées.

Béji Caïd Essebsi fût l’un des principaux ministres de Bourguiba (1er Président de la Tunisie : 1956-1987), puis s’est rallié à Ben Ali (2ème Président de la Tunisie : 1987-2011) après son coup d’Etat, mais a dû quitter la scène politique en 1992. Il a été, au début des années 60’, l’architecte du ministère de l’Intérieur.

Rassemblement Constitutionnel Démocratique

Ministère de l’Intérieur

Accords sur le libre échange (surtout celui avec l’Union Européenne de 1995), accords sur la protection des investissements (54 accords ont été signé à ce jour, surtout, celui avec la France en octobre 1997), accord sur l’ajustement structurel (avec les IFI en 1986), etc.

Qualificatif officiel de H. Bourguiba

Qualificatif de Ben Ali

Ben Ali en Tunisie, Moubarek en Egypte et Kaddafi en Lybie.

Publié dans DEMOCRATIE

Commenter cet article